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Initiatives FAST – Lectures connexes

Le 6 août 2005 (Toronto Star)

Au-delà de la bonté
Par Janice Mawhinney

Lorsque Tony et Elizabeth Comper se sont mariés en 1971, ils se sont butés à certaines complications parce qu’on considérait leur union comme un mariage mixte.

C’était 15 ans avant que la Charte des droits et libertés bannisse la discrimination basée sur le sexe, l’âge, la couleur, la religion, la race, l’origine nationale ou ethnique, et les handicaps physiques et mentaux.

Tony est catholique et travaillait et vivait temporairement à Montréal. Elizabeth est protestante et enseignait dans une école élémentaire de Etobicoke, en Ontario.

« Quand mes élèves ont su que j’allais épouser un catholique, ils refusèrent d’assister à la cérémonie », raconte Elizabeth.

Parce qu’elle était protestante, mais aussi parce qu’elle vivait dans une autre paroisse que son fiancé et qu’ils voulaient s’y marier, « nous avons dû demander une permission spéciale à l’archevêque », ajoute Tony.

Heureusement, le couple finit par vaincre les obstacles et la désapprobation pour s’engager dans un mariage dont leurs amis disent qu’il est extrêmement heureux et qu’il est devenu une force indestructible.

Tony, qui débuta sa carrière à la Banque de Montréal comme coursier en emploi d’été, est maintenant chef de la direction de la Banque après 37 ans de service. Elizabeth est une ancienne présidente du conseil du Tarragon Theatre et est très active dans le milieu du théâtre torontois. Le couple faisait récemment la manchette en fondant un groupe appelé Finissons-en avec l’antisémitisme sans tarder (FAST) et en recueillant plus de 200 000 $ pour cette cause.

Les Comper ont également contribué à fonder une résidence pour personnes âgées d’origine chinoise et ont accordé des bourses d’études à des mères autochtones célibataires.

À une époque où l’on soupçonne les chefs d’entreprises de n’avoir pour seul souci que leurs résultats financiers et où les oeuvres de charité se plaignent de la fatigue des donateurs, Tony et Elizabeth Comper ont investi leur vie dans les causes qui leur sont chères.

« Ils ne font pas que donner de l’argent, ils se donnent eux-mêmes , précise Rose Wolfe, ancienne chancelière de l’Université de Toronto et amie des Comper depuis plus de dix ans. Ils vont bien au-delà de la bonté. Tony fait les choses par pure conviction. Elizabeth se donne toujours à 100 pour cent. »

Leonard McHardy, qui possède la librairie Theatre Books, est un autre ami qui est frappé par les qualités des Comper.

« Ce sont deux personnes très profondes et d’une grande sensibilité, fait-il remarquer. Ils sont tous deux d’un naturel très ouvert. Ce sont deux personnes authentiques qui s’intéressent véritablement aux gens. »

Les Comper disent s’identifier facilement aux autres car ils sont d’avis que les similarités entre les gens sont plus importantes que leurs différences.

Tony a 60 ans et Elizabeth aura le même âge en novembre. Ils réalisent que certains collègues et amis veulent s’investir dans des causes sociales ou artistiques, mais sont pris par leurs responsabilités familiales. Pour eux, il y un temps dans la vie où les gens peuvent plus facilement trouver le temps et l’énergie qu’il faut pour pouvoir aider les autres.

« Les jeunes gens doivent se dévouer à leur famille, affirme Elizabeth. Il pourront faire autre chose plus tard. Chacun fait ce qu’il peut.

Ce qui importe, dit-elle, c’est de trouver les causes en lesquelles on croit véritablement. Il faut trouver sa cause et sa passion, poursuit-elle. Et puis, aller de l’avant. On ne sait jamais qui on peut toucher. Chacun de nous peut influer sur l’éternité. »

La solidité du mariage des Comper confère du pouvoir à ce qu’ils font, selon les observateurs.

« Ils vivent une relation remarquable, poursuit Mme Wolfe. Ils sont très profondément liés. C’est le couple le plus dévoué que je connaisse - ils sont très très près l’un de l’autre.

Ce qui démontre très bien que les contraires s’attirent. Tony étant très réservé et parfois même formel, alors qu’Elizabeth est sociable et effervescente. Rien ne la gêne. »

M. McHardy a remarqué qu’ils se consultent constamment et, bien qu’ils aient des façons très différentes de socialiser, qu’ils ont beaucoup de choses essentielles en commun.

« Ils sont tous deux curieux, suggère-t-il. Ils sont toujours disposés à apprendre. »

Leur ouverture remonte probablement à leur jeunesse, de l’avis de Tony qui a grandi à Leaside et dit avoir beaucoup appris de ses parents. « C’étaient des gens très éclairés et ouverts. »

Elizabeth a aussi été élevée par des parents ouverts d’esprit. Elle est d’avis que Tony et elle ont acquis leur façon particulière d’appréhender la vie en partie en s’explosant à divers types de lectures, de gens et d’expériences.

« Tony a toujours été curieux et nous avons toujours été d’avides lecteurs », explique-t-elle.

Un ami commun les a présentés l’un à l’autre à l’époque où Tony faisait des études d’anglais à l’Université de Toronto, alors qu’ils envisageait la prêtrise. Elizabeth, qui avait grandi dans un milieu relativement protégé à Etobicoke - « Je ne venais jamais au centre-ville » - enseignait à l’école publique Rosethorn.

Elizabeth dit avoir su dès le premier regard que Tony était l’homme de sa vie. Ils se sont fréquentés pendant cinq ans avant de se marier un 3 juillet, « comme tous les profs », précise-t-elle. Comme lune de miel, ils ont immédiatement déménagé à Montréal où Tony vivait déjà, après avoir été muté par la Banque.

Au cours de l’année où ils ont vécu séparés, Tony était adjoint d’un Juif qui dirigeait le service informatique. Il a tout de suite été accueilli par la famille de cet homme, s’exposant du coup à la communauté juive de Montréal et élargissant sa perspective sur le monde.

La décision qu’avait alors prise Tony d’abandonner son poste au service du personnel de la Banque pour se joindre à l’équipe des services informatiques était considérée par plusieurs de ses collègues comme un pas en arrière.

« Tout le monde lui disait de ne pas faire ça, que ça allait être la fin de sa carrière », se souvient Elizabeth.

Mais Tony était persuadé que les ordinateurs avaient un avenir et il décida de prendre cette direction. Il passa dix ans au service technique et y acquit des connaissances et une expérience inestimables.

En travaillant pour une banque, en passant plusieurs années dans le domaine de l’informatique et en s’engageant profondément dans les arts, Tony concrétisa les résultats d’un test d’orientation professionnelle qui, en 10e année, avait attesté ses talents pour l’informatique, les lettres et les mathématiques.

Les Comper ont vécu dix ans à Montréal. Pendant une partie de ces années, Elizabeth a enseigné à l’Académie hasidique pour filles, une expérience qu’elle juge très enrichissante.

Tony travaillait de longues heures tandis qu’Elizabeth étudiait à l’Université Concordia trois soirs par semaine, après avoir enseigné toute la journée. « J’avais décidé de faire quelque chose pour moi-même », précise-t-elle. Elle commença alors à s’intéresser à la littérature pour enfants et obtint une maîtrise en bibliothéconomie de l’Université McGill.

Lorsque le couple déménagea à Toronto en 1980, il fut ravi de constater que la ville était devenue beaucoup plus cosmopolite. Ils vécurent à London de 1984 à 1986, ville où ils se prirent d’affection pour le théâtre.

Tony travailla en marketing puis dirigea les services informatiques de la Banque à Toronto, devint chef de l’exploitation en 1989 et président en 1990. Il mit sur pied un groupe de treavail chargé de découvrir pourquoi il y avait si peu de femmes dans l’équipe de direction de la Banque; il s’en suivit une augmentation de 9 pour cent à 34 pour cent du nombre de postes de cadres occupés par des femmes. Il lança en outre des initiatives de soutien à l’embauche de membres des minorités visibles, d’autochtones et de personnes handicapées.

Elizabeth découvrit des causes qui soulevèrent sa passion. Elle s’investit dans le monde du théâtre torontois, agissant pendant dix ans comme membre du conseil d’administration du Tarragon Theatre, contribua à amasser des fonds pour financer le premier centre gériatrique Yee Hong, un centre de soins pour personnes âgées sans but lucratif ayant une sensibilité particulière pour les cultures chinoise et sud-asiatiques.

« Il y a quinze ans, un politicien de Markham avoua publiquement que la ville acceptait trop de Chinois, se souvient Elizabeth. On demanda alors aux chefs d’entreprises de s’élever contre cette attitude discriminatoire et personne ne répondit à l’appel, sauf Tony.

Je ne pouvais supporter l’idée que nos concitoyens chinois âgés aient vécu des vies tumultueuses et déménagé au Canada pour se retrouver dans le besoin d’un lit, d’amour et de soins dans leur propre langue ». Elle canalisa ces sentiments en un nombre incalculable d’heures de bénévolat pour contribuer à la fondation et à l’exploitation du Centre Yee Hong.

Pendant cinq ans, elle finança cinq bourses d’études destinées à des mères célibataires de la réserve des Six Nations par année et suivit ensuite leurs progrès. « Je voulais les aider à devenir indépendantes, explique-t-elle. Les bourses n’étaient assorties d’aucune condition. Certaines relations ont duré un mois et c’était bien ainsi. Une boursière étudia jusqu’à l’obtention d’une maîtrise. »

Tony fit des collectes de fonds et oeuvra au conseil d’établissement de l’Université de Toronto, où il avait obtenu son diplôme des années auparavant. Il siégea en outre au conseil des Gouverneurs du Conseil canadien des Chrétiens et des Juifs et fut vice-président du conseil de l’hôpital St. Michael's.

Tony et Elizabeth ont en outre été à l’origine de l’établissement du Prix Elinore et Lou Siminovitch de théâtre, le plus important prix annuel du domaine des arts au pays.

Le prix annuel est attribué alternativement à un metteur en scène, à un dramaturge et à un scénographe. Le lauréat reçoit 100 000 $ et la seule exigence à laquelle il est tenu consiste à se choisir un protégé à qui il remet 25 000 $ et auprès duquel il agit comme mentor.

« Cela change des vies, affirme Elizabeth avec un plaisir non dissimulé. Nous voulions instaurer quelque chose qui pouvait changer le cours d’une vie. »

Il y a un peu plus d’un an, lorsque nombre d’actes de vandalisme antisémites ont été signalés à Toronto, Elizabeth a été ébranlée par les manchettes. Elle a particulièrement été remuée en voyant deux enfants juifs parler des incidents à la télévision.

« Un sentiment essentiel m’a alors envahie, relate-t-elle. Je voulais que ces enfants sachent que nous étions responsables de tout ça. Que ça nous regardait tous. Tony était en train de se raser dans la salle de bains. Je suis allée le voir et je lui ai dit : Tony, pouvons-nous faire quelque chose pour ça? »

Ce « quelque chose » se traduisit par la fondation de FAST, un groupe composé de 22 chefs d’entreprises non-Juifs qui ont donné au moins 10 000 $ chacun. Les premières initiatives seront des programmes d’apprentissage destinés aux enfants.

« Ces gens ont beaucoup de cran, affirme Irving Abella, professeur d’histoire canadienne à l’Université York et ami des Comper depuis quinze ans.

Quand quelque chose ne va pas, au lieu d’en parler et de ne rien faire, ils se lèvent et se mettent au travail pour régler le problème. Ce sont des gens d’action, pas des beaux parleurs.

Ils forment une équipe et ont beaucoup de compassion pour la société. C’est ce que j’aime d’eux.
Ils sont modestes et humbles, mais ils peuvent faire des choses remarquables. »

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