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Nouvelles et événements – Discours « Pourquoi
les non-juifs doivent s'opposer à l'antisémitisme » Montreal (Québec), le 11 septembre 2006 (sous réserve de modifications)
Merci beaucoup, et bonjour tout le monde. J’aimerais d’abord remercier tout particulièrement tous ceux qui ont fait en sorte de me procurer cette occasion de présenter FAST et l’esprit de FAST aux gens du Québec – et de recruter d’autres Québécois pour la lutte contre l’antisémitisme. À l’intention de ceux d’entre vous qui n’ont pas vu les annonces que FAST a fait paraître aujourd’hui dans La Presse et dans The Gazette, permettez-moi de vous lire le texte français de cette déclaration publiée sous le titre « Pourquoi nous devons parler haut et fort : des leaders canadiens non juifs s’élèvent contre l’antisémitisme au Canada » :
Nous sommes très heureux d’annoncer le lancement au Québec d’une offensive énergique contre l’antisémitisme sous toutes ses formes, financée et soutenue par une coalition de dirigeants d’entreprises et de leaders communautaires non juifs ainsi que par les nombreuses organisations importantes que nous représentons.
Cette coalition, Finissons-en avec l’antisémitisme sans tarder (FAST), a été fondée en Ontario en 2005 pour réagir à une nouvelle vague d’antisémitisme au Canada. Nous en sommes venus à la conclusion que face à cette résurgence, nous devons nous lever et parler haut et clair.
Par-dessus tout, nous avons décidé que nous ne permettrions pas qu’une autre génération d’enfants juifs grandisse dans la crainte et l’insécurité pour la simple raison qu’ils sont juifs et en se demandant si quelqu’un s’en préoccupait vraiment.
Eh bien nous, nous nous en préoccupons! Nous avons fondé FAST pour défendre le droit des enfants juifs de vivre en sécurité et sans peur, en nous engageant solennellement à faire en sorte que, dans ce siècle qui commence, les Juifs de ce grand pays ne soient plus laissés à eux-mêmes.
À la suite du lancement de FAST dans cette province, nous proposerons une version adaptée pour le Québec de Choisissez votre voix : la lutte contre l'antisémitisme au Canada, un programme d’enseignement qui touche déjà les cœurs et les esprits des jeunes dans de nombreuses écoles canadiennes.
Grâce au dévouement et à la générosité des leaders et des organisations énumérés ci-dessous, FAST peut maintenant travailler en collaboration avec la communauté juive pour créer des projets comme Choisissez votre voix. Et s’élever avec autorité contre la haine la plus ancienne – et la plus tenace – de toute l’histoire de l’humanité. Et, comme cela a été le cas jusqu’à présent, convaincre d’autres leaders non juifs d’adhérer à cette cause.
Le texte de cette annonce parue aujourd’hui est suivi des noms et des titres de 50 personnalités qui soutiennent FAST et qui comprennent, comme mon épouse Elizabeth et moi – et, croyons-nous, comme la majorité des Canadiens – qu’il est depuis longtemps terminé le temps où nous pouvions garder un silence poli devant l’antisémitisme et les autres formes de haine, de fanatisme et de racisme. Ce que nous espérons contribuer à faire, à la fois avec FAST et par notre programme éducatif Choisissez votre voix, c’est d’inciter les Canadiens de toutes origines à ne pas rester de simples spectateurs et à ne plus permettre que les antisémites et leurs semblables répandent impunément leur poison. Nous souhaitons enhardir et encourager ceux qui ont le cœur et l’esprit ouverts à s’élever contre la discrimination, chaque fois qu’elle réapparaît dans toute son horreur et où que ce soit, à marginaliser les antisémites, les brutes et les fanatiques et à leur retirer leur pouvoir d’intimidation. Même avant que la terrible et tragique escalade de cet été dans le conflit du Moyen-Orient ait créé l’inévitable montée de l’activité antisémite, j’étais devenu personnellement très inquiet de la tendance de plus en plus marquée, ici-même au Canada et dans le monde entier, à désigner Israël aux critiques et aux sanctions internationales, d’une manière tout à fait disproportionnée par rapport aux autres parties impliquées au Moyen-Orient. Je songe, par exemple, à la condamnation de l’État d’Israël, il y a quelques mois, par la direction ontarienne du Syndicat canadien de la fonction publique et par la Conférence de Toronto de l’Église unie du Canada. Je n’attribue aux personnes qui ont pris ces décisions aucun autre motif que celui qu’elles ont elles-mêmes déclaré – soit un désaccord légitime avec la politique d’Israël à l’égard de la Palestine. Bien que je sois profondément en désaccord avec ce point de vue partial sur qui devrait être tenu responsable de quoi au Moyen-Orient, et que les solutions qui en découlent me paraissent indéfendables, je reconnais que ces opinions peuvent être sincères et aussi (permettez-moi de le souligner) tout à fait exemptes de toute intention antisémite. Ce qui m’inquiète, cependant, ce n’est pas l’intention mais l’effet de critiques si véhémentes et si disproportionnées à l’endroit d’Israël et qui ont tendance à exclure toutes les autres parties en cause. Je crains que ceux qui ont des intentions plus noires n’utilisent ces opinions sincères pour justifier leur haine des Juifs et leur souhait de les voir chassés de la Terre. Autrement dit, bien que des personnes cultivées et vraisemblablement bien intentionnées puissent établir une distinction nette entre la « politique israélienne » et « les Juifs », celles qui cherchent un prétexte les autorisant à attiser l’antisémitisme ne pourront pas (et souvent ne voudront pas) faire cette distinction subtile. C’est pourquoi, même si je défends le droit de critiquer de ces personnes, je souhaite vraiment, en tant que fondateur de FAST et étudiant en histoire, qu’elles considèrent toutes les implications possibles de ces déclarations publiques avant de les faire. PAUSE On pourrait également soutenir, qu’il soit question du passé ou de la situation actuelle, que les antisémites invétérés n’ont pas besoin d’encouragements. S’il y a une chose que j’ai comprise au cours des 16 mois qui se sont écoulés depuis que mon épouse Elizabeth et moi avons fondé FAST, c’est que les gens qui veulent haïr les Juifs peuvent toujours trouver des raisons d’haïr les Juifs. Songez, par exemple, que même aujourd’hui, au 21e siècle et en dépit du rejet catégorique de cette croyance par tous les papes depuis Jean XXIII et par la plupart des dirigeants chrétiens du monde entier, il y a encore des gens qui croient que « les Juifs » – tous les Juifs – devraient expier la crucifixion jusqu’à la fin des temps. Ce mythe pourrait bien, en fait, avoir eu un lien avec l’origine de FAST et s’il vous semble que je choisis soigneusement mes mots, c’est parce que, encore une fois, je veux séparer l’intention de l’effet. Le printemps 2004, plusieurs d’entre vous s’en souviendront, a été marqué par une hausse importante du nombre d’incidents antisémites dans ce pays et ailleurs, ce qui a contribué à faire de 2004 la pire année depuis que les activités antisémites sont documentées au Canada. Bien que le lancement d’une bombe incendiaire contre une bibliothèque à Montréal ait été le plus grave de ces incidents, c’est le renversement de pierres tombales et l’inscription de svastikas pendant tout un week-end à Toronto et dans ses environs, là où nous habitons, qui a déclenché la création de FAST. Tôt le matin du lundi suivant, pendant que je me rasais avant de me rendre à mon travail, Elizabeth est apparue dans l’embrasure de la porte de la salle de bains et m’a dit que nous – c’est-à-dire elle et moi – devions faire quelque chose à propos de l’antisémitisme. Elle m’a parlé de l’horreur, de la tristesse et de la colère grandissante qu’elle avait éprouvées la veille au soir en regardant les informations,– revenant sans cesse sur les visages inquiets et apeurés des enfants juifs qui avaient été interviewés ce dimanche soir. Pour Elizabeth, cela a été l’élément déclencheur, comme elle devait l’expliquer plus tard le mien s’est produit le lendemain, alors que j’étais en train de me raser. Qu’est-ce que tout cela a à voir avec l’intention et l’effet? Eh bien, comme plusieurs d’entre vous s’en souviendront aussi, cette montée de l’activité antisémite au printemps de 2004 suivait de près le lancement du film très controversé de Mel Gibson sur la crucifixion et le débat public explosif qu’il a provoqué. Bien que l’intention du film n’ait sûrement pas été de promouvoir l’antisémitisme, il est encore une fois facile de constater que les antisémites, selon qu’ils ont l’esprit plus ou moins mal tourné, pouvaient y voir un appel à l’action – comme, apparemment, plusieurs l’ont fait. Si vous pensez qu’un film de Hollywood est une raison bizarre pour expliquer une recrudescence de l’antisémitisme, attendez que je vous parle de ce qui avait déclenché la précédente grande vague d’antisémitisme – ce que je ferai dans un moment. Mais en attendant, demandons-nous comment il se fait qu’aujourd’hui encore des gens croient dur comme fer à l’existence d’un complot juif pour prendre le contrôle du monde, comme il est écrit bien clairement dans les Protocoles des Sages de Sion – un texte tsariste vieux d’une centaine d’années dont la fausseté est si flagrante que même Joseph Staline (qui n’était pas un ami des Juifs) n’a pas pu le prendre au sérieux. Et pourtant, les Protocoles sont plus populaires que jamais – et ont même fait l’objet, en 2002, (imaginez la chose!) d’une série télévisée en 41 épisodes. Et ce n’est pas tout. Comment se peut-il qu’en dépit de preuves tout simplement irréfutables, il y ait encore des gens qui refusent absolument de reconnaître même la possibilité de l’Holocauste, et encore plus la réalité des leçons que l’on pourrait en tirer? (Et en passant, avez-vous entendu l’argument selon lequel ce sont les Juifs qui auraient déclenché la guerre?) Mais au cas où certains penseraient que l’antisémitisme moderne n’est qu’un sous-produit de l’ignorance (volontaire ou autre) de l’histoire, songeons à ce qui s’est produit le 11 septembre 2001 et dans les jours qui ont suivi. Presque immédiatement, une rumeur s’est répandue selon laquelle aucun Juif n’avait été tué dans l’attaque du World Trade Center, parce que tous les Juifs qui y travaillaient – environ 4 000 personnes selon les inventeurs de cette absurdité – auraient été avertis de rester à la maison ce matin-là. Vous trouvez cela fou? Attendez, il y a pire. Dans un Gros Mensonge digne de Goebbels lui-même, le « fait » (entre guillemets) qu’« aucun Juif n’a été tué » dans cette atrocité est devenu la seule prétendue preuve que l’attaque résultait d’un « complot juif » tramé, eh oui, par « les Sages de Sion ». Malgré la fausseté manifeste et l’absurdité flagrante de cette affirmation, ce Gros Mensonge s’est répandu dans Internet à la vitesse de l’incendie du Reichstag. Mais y avait-il quelqu’un pour croire ces balivernes? Malheureusement – et comme on pouvait s’y attendre – oui. Vous vous rappelez que j’ai fait allusion tout à l’heure à une précédente montée de l’activité antisémite, avant celle qui nous a poussés, Elizabeth et moi, à passer à l’action? Eh bien, c’est de cela que je parlais. Dans Mein Kampf, Hitler a écrit que plus le mensonge est gros, plus il y a de chances qu’on y croie, malheureusement, le mensonge selon lequel les Juifs étaient derrière l’attaque du 11 septembre n’a pas constitué une exception – presque assurément, disons-le franchement, parce que quand il est question des Juifs et de conspirations, certaines personnes sont vraiment disposées à croire à peu près n’importe quoi. Et, comme l’histoire nous l’enseigne, un grand nombre d’autres personnes ne s’en soucient pas vraiment ou préfèrent ne pas y penser. Quel genre d’esprit peut concevoir des idées aussi dangereusement absurdes? Malgré tous mes efforts pour comprendre à quoi le monde peut ressembler du point de vue des antisémites, je demeure profondément perplexe devant les causes de la vigueur parmi nous de la haine la plus ancienne et la plus persistante de l’Histoire. J’ai cependant trouvé une explication qui pourrait bien résumer toute la question – ce qui, malheureusement, ne nous apportera guère de réconfort ni de promesse de lendemains meilleurs. L’auteur de cette théorie globale qui fait froid dans le dos est le réputé écrivain et penseur américain Ron Rosenbaum. Je le cite : « Après près de deux décennies passées à lire sur l’antisémitisme — aussi bien des textes antisémites que des analyses du phénomène — je n’ai pas encore trouvé d’explication satisfaisante de sa persistance », écrit Ron Rosenbaum dans sa préface à Those Who Forget The Past: The Question of Anti-Semitism, une anthologie publiée en 2004, à lire absolument. Ensuite, après avoir passé les théories habituelles en revue, y compris celle du châtiment pour la crucifixion, et les avoir retournées dans tous les sens, il avance ce qu’il présente lui-même comme une idée qui « pourrait passer au premier abord pour une suggestion radicale : [que] cela n’a plus d’importance… « Au point où nous en sommes, poursuit Rosenbaum, l’antisémitisme
est gravé dans l’histoire, ou dans la sous-histoire, l’histoire
souterraine et la mythologie de la haine [et] il y sera toujours, comme
un modèle de réponse facile à tout ce qui fait
mal, un baume simpliste : les Juifs sont responsables. » À mon avis, il s’agit d’une des raisons les plus impérieuses de fonder un organisme comme FAST. Les antisémites sont peut-être imperméables à la raison, à la logique et à la vérité historique et il est certainement hors de question de chercher à discuter de ce qui est irrationnel, mais cela ne signifie pas qu’il est impossible de s’opposer efficacement à eux. Une chose que nous pouvons certainement faire, et c’est effectivement ce que nous faisons, c’est de montrer au monde quelle sorte de personnes refusent de croire aux balivernes de l’antisémitisme et sont prêtes à s’y opposer et à les condamner publiquement – en formant unea coalition de personnalités non juives provenant du monde des affaires et de la collectivité. Il se peut que tous ne nous voient pas comme des modèles, mais je pense que ce que nous sommes, les organisations que nous représentons et la position de principes que nous avons prise donneront au moins à réfléchir à certaines personnes qui hésitent. Ce qui fera vraiment une différence, cependant, tient moins à qui nous sommes ou à ce que nous pensons qu’à ce que nous sommes prêts à faire au nom de la coalition Finissons-en avec l’antisémitisme sans tarder. Lorsque nous avons annoncé la fondation de FAST en Ontario au moyen d’annonces assez semblables à celles qui sont publiées aujourd’hui dans les journaux, nous avions déjà entrepris d’élaborer notre premier programme éducatif– le programme Choisissez votre voix que j’ai mentionné tout à l’heure. Depuis, le programme Choisissez votre voix – élaboré en collaboration avec le Congrès juif canadien à l’intention des cœurs et des esprits des élèves de 6e, 7e et 8e années – a été distribué dans les écoles de plus de 30 commissions scolaires. Nous sommes en ce moment en train d’élaborer des versions française et anglaise de Choisissez votre voix qui seront adaptées aux exigences éducatives et aux besoins particuliers de la population du Québec. En passant, j’ai le grand plaisir de souligner qu’au moment même où nous préparons notre initiative québécoise contre l’antisémitisme, le racisme et le fanatisme sous toutes leurs formes, le gouvernement du Québec a lancé sa propre initiative courageuse et hautement louable. Je sais que je parle au nom de tous les membres de FAST en félicitant la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Madame Lise Thériault, de réunir cet automne un important échantillon de Québécois pour discuter des grandes lignes d’une nouvelle politique gouvernementale conçue (selon ses propres mots) pour mener la « lutte contre le racisme et la discrimination, une lutte que nous voulons efficace et authentique ». Ces consultations et les idées qu’elles généreront seront encore fraîches dans la mémoire de la population québécoise lorsque nous commencerons à distribuer notre version québécoise de Choisissez votre voix dans les écoles de la province, en janvier. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur Choisissez votre voix, vous pouvez visiter le site de FAST au www.fightingantisemitism.com ou communiquer avec le Congrès juif canadien. Considérant que le programme tire son origine des visages d’enfants inquiets et apeurés vus par Elizabeth à la télévision, et étant donné qu’elle a déjà été enseignante, notamment pendant une brève période à Montréal, et que nous partageons la même foi dans le pouvoir de l’éducation, – il n’est guère surprenant que nous ayons décidé de faire de Choisissez votre voix le premier programme lancé par FAST. Nous comprenons que nous n’atteindrons peut-être jamais les enfants qui ont acquis leur antisémitisme, ou n’importe quelle autre haine sans fondement, sur les genoux de leurs parents. Mais nous pouvons contribuer à les marginaliser, à leur faire perdre leur influence, à les rendre inefficaces; et les laisser grommeler devant l’image d’un spectateur unique que leur renvoie leur miroir. Voilà, au moins, pour l’idéal. Cependant, et je suis certain que pratiquement chacun d’entre vous ici l’a déjà constaté personnellement à un moment ou à un autre, les antisémites grandissent et se fondent dans le courant dominant; et ils ne sont que trop heureux d’exprimer leur dégoût des Juifs là et quand ils pensent pouvoir le faire en toute impunité. En 2006, et, en fait, depuis les six dernières décennies, ils le font presque toujours en critiquant Israël. Je pense avoir déjà dit clairement que même si cette critique d’Israël me paraît mal orientée et unilatérale, je reconnais qu’elle peut être sincère et exempte d’antisémitisme. En fait, comme le réputé juriste et auteur américain Alan Dershowitz le souligne dans son livre intitulé Le Droit d’Israël, « les plus durs critiques » du gouvernement d’Israël sont les Israéliens eux-mêmes, « à l’intérieur comme à l’extérieur du gouvernement – et parfois même au sein du cabinet ». (Et il considère avoir fait partie de ces critiques à maintes occasions.) Aucun critique honnête n’a jamais été traité d’antisémite, pas plus selon son expérience que selon la mienne, ni d’après celle d’aucune des personnes que je connais, d’ailleurs. Cette précision étant faite, permettez-moi maintenant de parler des critiques malhonnêtes, de ceux qui camouflent leur haine des Juifs sous un emballage beaucoup plus discret. La modeste réputation que j’ai acquise comme fondateur et, avec Elizabeth, comme principal défenseur de FAST signifie probablement que je ne serai plus jamais importuné par ces individus, disons-le, détestables, mais il m’arrive tout de même d’imaginer des scénarios comme celui-ci : Un type (car c’est presque toujours un homme) déclare : « Mais en fin de compte, est-ce que les Israéliens ne font pas aux Arabes (ou aux Palestiniens, s’il est vraiment plus raffiné) la même chose que Hitler a faite aux Juifs? » Et alors, je lui donne, métaphoriquement parlant, bien sûr, un bon coup de bâton sur le nez. Je réponds non et je me penche vers lui en plongeant mon regard dans ses yeux bientôt étonnés, avant d’ajouter : « Franchement, vous faites preuve d’une ignorance si exceptionnelle qu’elle pourrait presque être délibérée. » Comme je l’ai dit, je n’aurai peut-être jamais la chance de jouer dans ce genre de scène, mais c’est un des principaux rôles de FAST de réprouver les insultes antisémites. Évidemment, vous n’avez pas besoin d’appartenir à notre organisation pour répliquer ainsi aux antisémites, mais quand on fait partie de FAST, on n’a pas seulement l’autorisation de répliquer, on en a le devoir. Quelle que soit la méthode de dérision que les partisans de FAST et les autres non-Juifs de bonne volonté choisiront – tourner brusquement les talons et s’éloigner rapidement est une autre façon d’envoyer un message clair – il est révolu le temps où on grimaçait poliment, où on acceptait que les fanatiques aient « droit à leur opinion » et où on s’éclipsait discrètement. Laissez-moi aussi vous assurer que si j’entendais dire que des gens comme ceux-là empoisonnent l’atmosphère dans mon entreprise, je réagirais avec vigueur — de la même façon que je réagirais avec vigueur à toute autre forme de fanatisme et de haine. Si les diatribes antisémites n’étaient que des paroles en l’air – pas de bâtons ni de pierres, pas de membres fracturés – ce serait une chose. Mais comme l’histoire, ancienne et moderne, nous l’apprend clairement et cruellement, les paroles antisémites donnent souvent naissance à des actes antisémites. Ou, ce qui est tout aussi infâme, à des tentatives de rendre ces actes « acceptables ». Et compte tenu du spectre qui plane sur le Moyen-Orient, celui d’un Iran possédant l’arme nucléaire et dont le président menace (et je le cite) « de rayer Israël de la carte », ces actes antisémites pourraient bien mener à un deuxième Holocauste. Un des aspects les plus effrayants de cette menace, c’est qu’il y a au moins cinq ans de cela, un ancien président iranien décrivait le scénario d’une confrontation nucléaire dans laquelle 15 millions d’Iraniens mourraient en échange de 5 millions de juifs israéliens – c’est-à-dire tous les Juifs de ce pays. (Il est intéressant de noter qu’il ne faisait aucune mention de dommages collatéraux infligés aux Arabes israéliens et aux Palestiniens.) Certains pourront trouver ce scénario tiré par les cheveux, et ils auront peut-être raison. Souhaitons-le, en tout cas. Mais comme tous ceux qui sont dans cette salle le savent, et certains en ont personnellement fait la terrible expérience, lorsqu’il est question d’antisémitisme, on constate que certaines idées qui avaient semblé tirées par les cheveux — le premier Holocauste, par exemple — sont soudainement et brutalement devenues des réalités. Peu de personnes en ont été plus conscientes que le professeur et rabbin Emil Fackenheim, ce philosophe de réputation internationale, survivant et spécialiste de l’Holocauste, qui a honoré l’université de Toronto en y enseignant de 1948 à 1984. Et c’est sur un message de ce grand homme que j’aimerais vous laisser aujourd’hui. Parmi les nombreuses choses mémorables que le professeur Fackenheim a dites et publiées au cours de ses 87 années de vie active et productive, il y a cette expression aujourd’hui fameuse qu’il a inventée en 1970 : « le 614e commandement ». Comme il l’explique dans son essai intitulé Faith in God and Man after Auschwitz : « …Dans la tradition juive, il y a 613 commandements, assez pour toutes les situations à venir et passées. Mais la tradition ne pouvait pas prévoir Hitler : l’Holocauste était imprévisible, même pour [la Torah orale]. » Cela ne doit pas être considéré, poursuit-il, simplement comme « un cas parmi les autres cas de racisme en général », mais comme quelque chose d’unique, même pour les Juifs et leur histoire de persécutions pratiquement ininterrompues. Le péché, cette fois, n’était pas « le comportement juif »; le péché, c’était le fait même d’être juif. Quel est donc ce commandement supplémentaire auquel, selon le professeur Fackenheim, les Juifs devraient se conformer? « Permettez-moi, écrit-il dans un de ses derniers essais, de reformuler le 614e commandement : “Il est interdit aux Juifs de donner à Hitler des victoires posthumes” ». Je suis ici aujourd’hui pour présenter et promouvoir FAST auprès de la population québécoise, et parce que je crois que cela ne doit pas être un combat solitaire, comme cela a si souvent été le cas, pour tant de gens, depuis si longtemps. Et aussi parce que je crois que nous devrions tous nous conformer à ce dernier commandement. Merci de votre attention. J’espère qu’au moins quelques-uns d’entre vous se joindront à nous pour défendre cette cause.
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